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Le Téléthon français s’engage dans la production industrielle de médicaments

A l’occasion du Téléthon 2016, et pour la première fois en France, une association de patients se lance dans la production pharmaceutique. L’AFM Téléthon veut mettre sur le marché des médicaments pour des maladies rares à un prix «  juste et maîtrisé  ». Cette arrivée pourrait bousculer l’industrie. Pierre Bienvault remarque ainsi que «  début novembre, l’AFM [Association française contre les myopathies] a annoncé la création d’YpoKesi, une plate-forme industrielle mise en place avec le soutien de Bpifrance, la banque publique d’investissement  ». Celle-ci va engager 84 millions d’euros dans ce projet dans le cadre du Programme d’investissement d’avenir. Cette somme va s’ajouter d’ici à 2022 aux 37,5 millions d’euros issus du Téléthon  ». Laurence Tiennot-Herment, présidente de l’AFM, précise : «  Nous espérons pouvoir sortir nos premiers médicaments d’ici 6 à 7 ans. Avec cette plate-forme, qui va regrouper deux de ses laboratoires déjà existants, l’AFM disposera d’un bâtiment de production de 5 000 m2 qui, en 2021, devrait rassembler près de 300 pharmaciens, ingénieurs et techniciens  ».

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Laurence Tiennot-Herment déclare que «  c’est un domaine dans lequel nous avons acquis un savoir-faire que n’ont pas les firmes pharmaceutiques. Et c’est la raison pour laquelle nous souhaitons produire des médicaments avec la volonté de les rendre accessibles à tous les patients  ».

A quel prix devront être vendus ces médicaments fabriqués par une association dont le but n’est pas de faire du profit ? Claude Le Pen, économiste de la santé à Paris-Dauphine, remarque que «  l’AFM n’a pas vocation à gagner de l’argent, mais en même temps, elle devra pérenniser cette production pharmaceutique. Car fabriquer des médicaments à large échelle suppose des investissements à long terme. Et si l’AFM devient une entreprise pharmaceutique, elle ne pourra plus miser sur la seule collecte annuelle du Téléthon  ».

La présidente de l’AFM «  défend l’idée d’un «  prix juste et maîtrisé  » pour ces futurs médicaments, en promettant «  la plus grande transparence  » dans leur coût de production. Une autre petite révolution, car aujourd’hui, les firmes pharmaceutiques sont souvent peu bavardes sur le sujet  ». Benjamin Morel, consultant au cabinet Avenium Consulting, remarque qu’ «  il existe une trentaine d’associations de patients dans le monde, principalement aux États-Unis, qui déposent des brevets dans le domaine de la recherche médicale ou pharmaceutique. Certaines produisent des médicaments  ».

«  Ces associations réinvestissent en moyenne plus de 60 % de l’ensemble de leurs revenus dans la recherche, contre 10 à 15 % dans l’industrie pharmaceutique classique  », observe-t-il.